Plus d'argent, mêmes problèmes
La présidente et le vice-président du CCI donnent leur avis sur le déficit en infrastructures du Canada et sur les mesures à prendre pour y remédier.
On affirme souvent que les déficits en matière d'infrastructures au Canada sont causés par un investissement insuffisant. Le récit dominant suggère qu'allouer plus de capitaux au logement, à l'expansion des transports et aux systèmes d'eau résoudra le problème. Nous savons que nous devons construire de nouvelles infrastructures de manière à améliorer l'efficacité, à favoriser l'innovation et à obtenir les résultats souhaités, mais la principale difficulté liée aux infrastructures du Canada n'est pas simplement une histoire de manque d'investissement. En vérité, nos infrastructures reposent sur un système inefficace, un entretien différé et une sous-évaluation de nos actifs existants. Avoir plus d'argent pour construire de nouvelles choses ne comblera pas les déficits en matière d'infrastructures — nous avons besoin d'une nouvelle approche.
Peu après que le Conseil canadien des infrastructures a publié la première évaluation nationale des infrastructures (ENI) du Canada, axée sur l'infrastructure favorisant le logement, un reportage a mis en lumière un fait inquiétant; Calgary a perdu près d'un quart de son eau à cause de fuites. Comme l'indique notre rapport, ce n'est pas un problème propre à Calgary. Dans l'ensemble du pays, on trouve des systèmes d'eau qui fuient, des installations de déchets solides sur le point d'atteindre leur capacité maximale et des routes congestionnées remplies de véhicules à occupants uniques. L'ENI a également constaté que plus de 100 milliards de dollars d'infrastructures existantes favorisant le logement sont en mauvais ou très mauvais état et nécessitent des réparations ou un remplacement à court terme, notamment à mesure que les pressions climatiques s'aggravent. La construction à elle seule ne nous permettra pas de redresser la situation; nous devons aussi gérer, optimiser et valoriser les actifs que nous possédons déjà .
La perte d'eau potable traitée causée par le vieillissement des tuyaux n'est qu'un exemple parmi d'autres du coût d'un entretien négligé. Pourtant, nous renonçons à l'entretien et aux systèmes modernes de surveillance au profit de nouvelles constructions. La détérioration s'accumule et entraîne un arriéré grandissant de lacunes que les gouvernements locaux doivent corriger.
Les modes d'utilisation des terres contribuent également au problème. Depuis des décennies, au lieu d'être bâties autour des transports en commun, des systèmes d'eau et des routes existants, de nombreuses villes canadiennes se sont étendues vers l'extérieur, ce qui a créé des schémas d'établissement inefficaces et un portefeuille croissant d'infrastructures à desservir. Dans de nombreux cas, les coûts d'entretien des infrastructures dans les zones à faible densité sont supérieurs aux recettes fiscales perçues pour les servir. Des pratiques de gestion des actifs inefficaces exacerbent ces pressions. De nombreuses municipalités peinent à recueillir des données et à tenir des inventaires à jour sur l'état et le rendement des infrastructures qu'elles possèdent. Sans données fiables, la planification devient réactive, l'entretien est différé et les collectivités sont encore plus vulnérables aux événements climatiques.
Pour couronner le tout, nous payons rarement le véritable coût des services d'infrastructure que nous consommons. Contrairement à de nombreux pays comparables, notre tarification de l'eau ne reflète souvent pas la rareté, la capacité du système ou les besoins en entretien. L'utilisation des routes à travers le Canada est essentiellement gratuite, ce qui contribue à la congestion et à la croissance des besoins en entretien. La tendance est de se concentrer sur l'offre — construire plus de voies, de plus grandes canalisations, de nouvelles installations — plutôt que de gérer la demande et optimiser les systèmes existants.
Nous devons repenser notre approche. Cela signifie prioriser l'entretien et la modernisation, harmoniser l'utilisation des terres avec la capacité des infrastructures et adopter des outils qui reflètent le coût complet du cycle de vie des infrastructures — y compris la construction, l'exploitation et le remplacement. Par-dessus tout, cela nécessite une prise de décision fondée sur les données qui privilégie le rendement à long terme et la durabilité. Cette nouvelle approche nécessitera moins d'inaugurations, mais plus de courage, car nous devrons investir dans les actifs qu'on ne peut pas voir et prendre des décisions dont les résultats ne deviendront évidents qu'avec le temps.
Le Canada est arrivé à un moment décisif. Sans modifier la façon dont nous évaluons et gérons ce que nous avons déjà , mobiliser plus de capitaux ne comblera pas les lacunes. Cela ne fera que continuer de masquer le dysfonctionnement sous-jacent jusqu'à ce que nous soyons obligés de tourner notre attention vers la prochaine crise. Compte tenu de l'état actuel de nos infrastructures et des risques climatiques croissants, ces défaillances deviendront plus fréquentes et plus importantes.
Lors de la deuxième ENI, plutôt que de se concentrer sur la détermination des problèmes et des obstacles, le Conseil canadien des infrastructures se penchera sur l'étude de solutions pratiques et réalisables - à la fois immédiates et à long terme. Nous avons lancé une consultation publique afin de recueillir votre avis. Cette consultation restera ouverte jusqu'au 15 juin 2026. Répondez à la consultation ici.
- Jen Angel, présidente du Conseil canadien des infrastructures
- Peter Weltman, vice-président du Conseil canadien des infrastructures